LA TRIBUNE – Par Fabrice Gliszczynski – 02/11/2018

La longue hésitation d’Emirates sur le choix des moteurs des 36 A380 supplémentaires commandés en février pouvait remettre en cause cette commande cruciale pour la survie du programme de l’avion. Mais la compagnie de Dubaï a mis fin au suspense en tranchant en faveur du motoriste britannique Rolls Royce.

Soulagement pour Airbus. Signée en début d’année, la commande d’Emirates pour 36 A380 supplémentaires, dont 20 fermes, sera bien honorée. La compagnie du Golfe qui exploite 105 A380 a donc toujours 57 appareils dans le carnet de commandes du constructeur européen. Ce n’était pas évident. Début octobre, l’agence de presse Bloomberg reportait en effet que la compagnie de Dubaï avait dépassé la date butoir pour le choix des moteurs et que cette indécision pourrait reporter à 2020 la livraison du premier appareil voire menacer l’ensemble du contrat. La compagnie de Dubaï hésitait entre le moteur Trent 900 de Rolls Royce et le GP7200 d’Engine Alliance, conçu par General Electric et Pratt & Whitney. Aujourd’hui, cette menace a disparu. Emirates a tranché en faveur de Rolls Rolls Royce a expliqué ce jeudi le président d’Emirates, Tim Clark, en aparté de l’APG Word Connect qui se tient à Monaco jusqu’à ce vendredi.

« L’accord est sur le point d’être finalisé. Ce sera Rolls Royce », a-t-il déclaré à La Tribune et à un journaliste spécialisé allemand.

Après avoir motorisé ses 90 premiers exemplaires de moteurs Engine Alliance, produits par General Electric et Pratt & Whithney, la compagnie du Dubaï s’était tournée vers Rolls Royce, lorsqu’elle s’est engagée sur une commande de 50 appareils supplémentaires en 2015. Mécontente de la performance du moteur britannique, Emirates souhaitait, depuis que les négociations ont commencé sur une commande supplémentaire d’A380 il y a plus d’un an, revenir chez Engine Alliance. Ce ne sera donc pas le cas. Les 36 A380 supplémentaires d’Emirates seront équipés des « mêmes Trent 900 que nous avons aujourd’hui », a expliqué à La Tribune Tim Clark. Autrement dit, il n’y aura pas d’améliorations sur le moteur.

Commande cruciale pour Airbus

Cette commande d’Emirates est cruciale pour maintenir le programme du Super-Jumbo. En janvier, quelques jours avant la signature de la commande d’Emirates, la direction d’Airbus avait déclaré qu’en l’absence d’une telle commande, le programme s’arrêterait. Sur la petite centaine d’A380 restant à livrer, 57 est destinée à Emirates. Mais en retirant les 20 exemplaires commandés fermes en janvier dernier, il n’en resterait donc que 37. Parmi l’autre moitié, un certain nombre est réservé à des compagnies dont il est permis de douter qu’elles prendront livraison des appareils. Avec la baisse de la production annoncée (12 en 2018, 9 en 2020, avec la possibilité de passer ensuite à 6 avions) Airbus entend étaler au maximum les livraisons dans le but maintenir en activité la chaîne d’assemblage le plus longtemps possible afin d’être en mesure de trancher, à partir de la moitié de la prochaine décennie, sur le lancement d’un A380 remotorisé NEO, comme le souhaite toujours Emirates, dont les livraisons des A380 s’étale jusqu’en 2027. Combinée à un allongement de l’appareil, cette deuxième étape, permettrait d’améliorer significativement la performance de l’A380, et, veut croire Airbus, pourrait relancer un nouveau cycle de ventes, non seulement pour remplacer la flotte d’A380 d’Emirates ou des autres clients de l’appareil, mais aussi pour attirer d’autres compagnies.

Plus de vols en France

Le maintien de la commande d’A380 permet par ailleurs à Emirates de conserver sa meilleure carte pour obtenir du gouvernement français de nouveaux vols en France. Réfutant l’existence de négociations avec les autorités françaises sur ce sujet, Tim Clark a précisé qu’il aimerait desservir plus de villes dans l’Hexagone en plus de Paris, Lyon et Nice qu’Emirates dessert déjà, comme « Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes ».

L’été dernier, la compagnie du Golfe a obtenu des vols supplémentaires à Paris et à Lyon.